Témoignage de Mary Jones et sa Bible

Publié le par Fils d'Abraham en Jésus mon sauveur

Témoignage de Mary Jones et sa Bible

 

 

Tiré du livre « Mary Jones et sa bible » de Denise Hourticq. Editions Waston et Viney

 

- Eh bien voilà! Commença le pasteur Edwards, il y a que cette grande fille, Mary Jones, est venue hier, seule et à pied de L1anfihangel, près d'Abergynolwyn, pour vous demander si vous auriez une Bible en gallois à lui vendre.

- Une Bible, dit Mr Charles étonné et intéressé à la fois, et pour quoi faire? Sais-tu lire?

- Oui, Monsieur, répondit Mary, je viens à peine de quitter l'école dl Abergynolwyn.

- Alors, tu as été l'élève de Mr Ellis? dit le Rev. Charles.

- Et de Mr Williams aussi, oui, Monsieur.

- Très bien, c'est une région attachante que cette contrée d’Abergynolwyn.

Ainsi, tu viens de Llanfihangel. Habites-tu chez tes parents?

- Oui, Monsieur, dit Mary, qui commençait à se sentir moins intimidée, maintenant qu'on parlait de gens et de lieux qu'elle connaissait. Mes parents sont tisserands.

- Maintenant, fit Mr Charles, dis-moi comment il se trouve que tu aies fait cette longue randonnée pour acheter une Bible. Connais-tu déjà la Parole de Dieu?

- Oh oui! Monsieur, répondit Mary, le regard brillant, j'aime la Bible. Je l'aime depuis que je suis toute petite et que je l'entends lire aux réunions où je vais avec Papa et Maman. Aussi, quand on a ouvert l'école, je suis allée apprendre à lire, bien que j'aie alors été âgée de dix ans déjà; et quand on a inauguré l'école du dimanche, j'y suis allée aussi. Dès lors, j'avais de plus en plus envie d'avoir une Bible et j'allais la lire chaque samedi chez Mrs Evans pour préparer ma leçon d'école du dimanche.

- Et Mrs Evans habite comme toi à Llanfihangel?

- Non, elle habite sur le plateau, à trois kilomètres de chez nous.

- Ainsi tu parcourais six kilomètres le samedi pour aller étudier les Écritures.

Vraiment ...

As-tu déjà appris quelques passages? Saurais-tu me réciter un psaume?

- Oh oui! Monsieur, dit Mary avec assurance. Je connais plusieurs psaumes: le Seigneur est mon berger, par exemple, et j'aime le Psaume 104, avec toutes les créatures qui louent le Seigneur. Mais hier, en arrivant de L’anfihangel, c'est le Psaume 21 que je me récitais pour me donner du courage.

Le visage de Mary s'animait tandis qu'elle parlait des Psaumes, et les deux hommes étaient émus de constater un tel amour pour la Parole de Dieu.

- Et les Évangiles, demanda Mr Charles, les connais-tu aussi?

 

- Oh oui! Je crois que je connais presque toutes les paraboles. Quand je garde les enfants de nos voisins, je leur raconte souvent des miracles du Seigneur. Et puis, je connais le Sermon sur la Montagne. Le chapitre 7 est le premier long passage que j'ai appris chez Mrs Evans.

 

- Ainsi, voilà que tu es venue exprès de L1anfihangel pour acheter une Bible, répéta le Rev. Charles, sans que Mary prît garde à la gravité et même à la tristesse de sa voix.

 

- Oui, Monsieur, si vous le voulez bien. J'ai le prix dans ma bourse, là ...

- Le prix ... (15 euros), le sais-tu? D'où tiens-tu cet argent, puisque que tu dis que tes parents sont de simples tisserands. Qui te l'a donné?

 

- J'ai travaillé et économisé pendant six ans: j'ai gardé les enfants de nos voisins, j'ai fait des raccommodages, j'ai vendu des fagots, j'ai élevé des poulets; bref, j'ai fait tout ce que j'ai pu pour gagner et mettre de côté.

 

Mr Charles restait assis, devant son bureau, la tête dans les mains, silencieux. Au bout d'un moment, il leva la tête et s'adressa au pasteur Edwards:

 

- Frère Edwards, ce qui nous arrive maintenant n'est-il pas déchirant? Voilà une petite fille devant nous, si brave, si ouverte, si consacrée. Elle vient de parcourir quarante kilomètres pour acquérir une Bible, et ... (sa voix se brisa) et je n'en ai pas une pour elle, pas une.

Mais le pire, c'est que je n'ai aucune chance d'en avoir jamais plus, car à Londres, on a décidé de renoncer à éditer la Bible en gallois ...

Atterré, Mr Edwards questionna: "II ne vous en reste vraiment pas une, pas une seule pour cette pauvre petite?"

 

- Non, dit le Révérend. Charles. J'ai bien encore trois Bibles dans cette bibliothèque, mais elles sont retenues, toutes les trois. Je ne puis me dédire. ... Pas une. À mesure que le Révérend Charles parlait, l'évidence s'imposait à  l’esprit de Mary.

 

Non, elle ne rêvait pas, elle était bien chez le Rev. Charles. Non; elle n'allait pas lui tendre la bourse et recevoir en échange la Bible tant espérée. Non, elle n'allait pas revenir à Lanfihangel triomphante malgré sa fatigue. Non, elle ne pourrait plus se dire: dans quelques semaines, dans quelques mois -à la rigueur dans quelques années-, j'aurai une Bible que je lirai avec mes parents et mes voisins ... Ainsi, c'était bien vrai? Jamais elle n'aurait de Bible? Alors,

Quoi, Dieu l'avait trompée ... Oh non! C'était trop horrible, il ne fallait pas penser à cela. Il fallait ... Soudain, ce fut comme si tout s'effondrait en elle. Une nuit totale. Elle fondit en larmes avec une telle violence qu'elle était secouée de sanglots, tandis que les larmes coulaient, pressées, sur son visage et son tablier. Les deux pasteurs, muets, réfléchissaient intérieurement, se demandant ce que Dieu voulait leur voir faire maintenant ... Enfin, lentement, le Révérend. Charles se leva et, s'approchant de Mary, lui posa la main sur la tête.

 

- Mon enfant, dit-il doucement, tu vas avoir TA Bible. Je ne puis te laisser partir ainsi, même si je dois en priver quelqu'un apparemment plus important que toi. Calme-toi, mon enfant.

 

Il alla vers la bibliothèque, l'ouvrit, prit une des trois Bibles et revint vers ses visiteurs:

 

- Mary Jones, dit-il avec solennité, voici ta Bible. Que Dieu t'illumine et te garde, et qu'II répande en beaucoup d'âmes un tel amour de Sa Parole.

 

Mary fut un long moment avant de pouvoir se calmer: la honte d'avoir perdu confiance et d'avoir tant pleuré cédait lentement la place à une joie immense, tandis qu'elle balbutiait des "pardon" et des "merci" coupés encore de hoquets de sanglots ... Pour lui laisser le temps de se calmer, les deux pasteurs échangèrent encore quelques réflexions:

 

- Voilà, dit le Révérend. Charles, un exemple saisissant de la situation au Pays de Galles! Je n'aurai ni trêve ni repos avant que quelque chose ne soit entrepris pour donner la Bible à notre peuple

 

Mary s'était ressaisie. Elle tira de sa besace le prix de la Bible et le déposa sur le bureau du pasteur; puis, prenant avec un grand respect la Bible neuve, elle l'enveloppa dans la serviette bien repassée qu'elle avait emportée pour cet usage. Enfin, ayant accompli ce pour quoi elle était venue, elle s'approcha du Révérend. Charles, et, toute petite devant lui, la Bible serrée dans ses bras, elle murmura un "Merci" et "Au revoir, Mr Charles" qui valaient tout un hymne. Il ne lui restait plus qu'à s'en retourner auprès de ses parents avant que la nuit vienne.

 

 

 

 

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